Voyage de courte durée mais grand en découverte, du vin évidemment et de l'histoire de cette ancienne province ennemie des Armagnacs, les choses se sont arrangées depuis.

     Paradoxalement, pas de leçon d'héliciculture au pays des escargots. Seuls, quelques uns égarés sur les murs de l'auberge morvandelle de Nitry où nous ripaillèrent nous rappelèrent cette spécialité de la région.
     Nous commençâmes très fort !! Chablis pour la première étape. A nous l'ivresse des coteaux ensoleillés, l'ocre des terrains pierreux dans l'or du vin.
     De quoi s'étourdir !! avant que de rejoindre Noyers-Sur-Serein (prononcez Noyère) petite bourgade charmante, empreinte encore de son passé médiéval. Ses maisons à pans de bois et aux sculptures très mode gothique (*) , ses rues étroites et tortueuses aux noms évocateurs, ses placettes plantées au gré des maisonnettes, son église en gothique flamboyant, tout ce pittoresque fait la joie des cinéastes d'aujourd'hui.
(*) en exemple les « engoulants » prophylactiques, représentant des gueules d'animaux plus ou moins sympathiques censés guérir.
    Après cette instructive visite nous ralliâmes notre destination nocturne à Vincelles dans un camping au bord du canal du Nivernais. Quelques ablutions javellisées dans la piscine refroidirent les esprits échauffés par un soleil encore ardent mais qui se brouilla dans la soirée de quoi faire presser le pas de quelques uns de nos promeneurs. Une balade by night pour certains dans le village désert conclut ce premier jour. A nous nos bungalows accueillants première expérience pour pas mal d'entre nous, leurs mini chambres, leurs mini salles de bain, et leurs «promises cuitées » plutôt que promiscuités, c'était à chacun de tester l'une où l'autre.
   
     Le lendemain nous rejoignîmes Auxerre (prononcez Ausserre) dominée par la prestance de rien moins que trois églises, notamment la magnifique cathédrale St Étienne. Ville, qui au-delà de son passé médiéval encore présent et de sa tour de l'horloge exceptionnelle, a mis l'accent sur ses gloires locales concrétisées au fil des rues par le sculpteur François Brochet. Ainsi nous avons pu croiser et suivre Cadet Roussel, celui des trois maisons sans poutres ni chevrons, il y habita. Une autre gloire fut Marie Noël, poétesse à l'âme sensible et chaleureuse, qui se consacra en partie aux chansons traditionnelles, même Gélati Motta s'essaya à la concurrence statuaire. Et si l'escargot ne fut pas la star de notre escapade, ne voilà t-il pas qu'il s'y invita. Notre allure devint limaçonne.
     Une demi-heure de retard pour le restaurant à Saint Fargeau, plaisante longère poyaudine (*), où les marmitons et les dames du logis se précipitèrent à nous combler, repas des plus exquis (à conseiller, ah les petites pommes sautées !!) dans un tempo de gastéropode endiablé. Bien  qu'Annie ne fut pas là, nous avons eu notre petite goutte (sans sucre) offerte gracieusement.
(*) « La Métairie Gourmande » au bord du lac du Boudon.
 
     Cela dit, bien qu'ayant activé nos mandibules et nos dentiers, notre retard persista et nous fit manquer une partie de la visite du château de Guedelon, mais nous en apprîmes suffisamment pour apprécier cette leçon grandeur nature de la construction d'un château fort. En l'occurrence moult engins de levage et autres instruments d'époque sollicitèrent la curiosité de notre génération béton.  La corde à treize noeuds eut de quoi nous rappeler nos exploits scolaires le temps de comprendre qu'au Moyen-Age, ils étaient tout aussi inventifs que nous.
     D'un galop de roues nous arrivâmes à la poterie « La Bâtisse » à Moutiers où une charmante potière et son pot de terre nous accueillirent. Elle nous parla pots, terre, émaux, ... , et tourna, tourna pour nous. Elle nous invita pour une petite descente aux enfers très instructive dans le four couché éteint du potier. La remontée se fit par la boutique pour le plaisir de nos escarcelles, avant que d'amorcer notre retour vers Conflans, ville non moins riche par son histoire.
     Notre escapade fut très agréable, et dense dans son contenu. Chacun aura pu y trouver son plaisir et notre hôtesse de l'air improvisée fut comme d'habitude efficace et enjouée.
Merci Pierrette.
 

Un texte de Marie Noël

J'ai dans le coeur un grand amour
Qui de la terre fait le tour
Le mal du monde au loin souffrant
Pour le porter entre mes bras
De femme comme un enfant las.

  Thérèse