Les paulownias en fleurs nimbaient les gris des immeubles parisiens d'une fraîcheur mauve infinie. Le palais de Chaillot se profilait raide sur le bleu du ciel. Paris, une fois de plus, était ensoleillé, et une foule bigarrée en profitait pour s'attarder sur l'Esplanade du Trocadéro.
Pour Destination Demain était « venu le temps des cathédrales ».
En effet, dès l'entrée du musée, c'est le moyen-âge et la « flamboyance » de ses cathédrales qui accueillent les visiteurs. Ce qui paraît à peine croyable à nous nous du XX ème, c'est qu'il fallut attendre le XIX ème pour que la beauté exubérante de l'art des XII ème, XIII ème et XIV ème ne soit plus assimilée aux barbares et aux goths en particulier (goth = gothique).
C'est par Eugène Viollet-Le-Duc aidé en cela par la période romantique, par Prosper Mérimé inspecteur des monuments historiques, que les arts, roman et gothique, joyaux de nos provinces françaises, seront recensés et reconsidérés. Dès 1880, il tient à créer un musée de sculptures comparées pour démontrer que l'art médiéval est l'égal de l'art antique. L'idée est lancée, et conscience est prise de notre inestimable patrimoine. Le musée ouvre en 1882.
En  1878 le Palais de Chaillot est construit dans le cadre de l'exposition universelle. Ce palais sera transformé. Le pavillon central sera supprimé pour faire place à l'esplanade actuelle afin de dégager la vue sur la tour Eiffel construite entre temps. Les extérieurs des pavillons latéraux seront habillés dans le style art déco des années 1930. Restent seules à l'intérieur les structures métalliques, témoins de l'ancienne construction. Ce sont ces pavillons qui deviendront pour l'un musée de l'architecture et du patrimoine, et  pour l'autre musée de la marine.
Le musée du patrimoine accueille, depuis lors, des moulages commandés par Viollet-Le-Duc. Ces moulages exceptionnels ont été exécutés grandeur nature et représentent différents éléments architecturaux de nos cathédrales et églises, véritable discours religieux relatant, en pierre, l'histoire biblique. Histoire biblique qui est  une des matrices de notre culture Européenne.
Sur cette photo, est à remarquer l'allongement des lignes, les statues deviennent presque linéaires
Ces moulages sont d'autant plus précieux qu'ils ont permis de reconstruire à l'identique certaines façades d'églises partiellement détruites pendant la guerre de 1914-1918.
Le roman et le gothique sont pratiquement contemporains. L'art gothique se développe principalement dans la moitié nord de la France (royaume de France). Tandis que le roman persiste au sud dans son imposante plénitude (voûtes en plein cintre et contreforts épais) l'élan tout en légèreté, au nord de « Dieu est lumière » deviendra l'expression du gothique. D'intuition en ingéniosité, les bâtisseurs épurent les lignes, allègent les structures pour permettre à la lumière de s'approprier l'espace divin.
La statuaire est fabriquée à la chaîne, et oui déjà !! On adapte sur place la symbolique désirée. Tous ces portails sculptés sont de véritables bandes dessinées bibliques. Elles sont là pour rappeler aux fidèles leur misérable condition humaine, toujours tentés par le diable et son cortège de péchés, alors que le divin appelle à sauvegarder les âmes convoitées par l'insatiable Leviathan. La balance du jugement dernier ne pardonne pas.
Après cette magnifique balade architecturale aux pays des cathédrales, nous nous arrêtons rapidement devant les maquettes de l'Arc de Triomphe. Faute de temps, nous laissons les chefs-d'oeuvres de la renaissance, période qui vit renaître l'antique (renaître = renaissance), d'où ce mépris envers le gothique.
Nous accédons à la galerie supérieure dite GAMC consacrée à l'architecture moderne.
Le XIX ème siècle, c'est l'ère industrielle et donc des nouveaux matériaux. Le verre et l'acier révolutionnent les constructions. Le Cristal Palace de Londres en est le premier exemple et à ce titre figure dans le musée. Ce sont de nouvelles conceptions de constructions. On élabore en amont et on assemble sur place. Napoléon III inspiré par le Cristal Palace ne va pas déroger à la règle des monarques. Il va détruire et construire. Il va, lui aussi, organiser une exposition universelle en 1855 à Paris et impulser une modernisation de la capitale. Le baron Haussman est chargé de ces transformations. Il perce de larges avenues qui relient directement les différentes casernes militaires afin de faciliter les manoeuvres. Mais surtout il repense fondamentalement l'habitat. Chaque immeuble devient un condensé de la société de l'époque. Boutiques au rez-de-chaussée, aristocratie au premier et au deuxième , bourgeois au troisième et domestiques dans les combles. L'immeuble est hiérarchisé. Le bas, pour le « haut du pavé », le haut pour les moins favorisés, à eux les escaliers !!!  Dans le même temps il faut penser l'approvisionnement de la ville. Napoléon III, très inspiré, fait des pavillons « Baltar » (les Halles) des parapluies de fer, ......
Cette nouvelle approche de l'habitat s'accentuera selon les nouvelles tendances, art nouveau, art déco, .... Certains architectes apportent des innovations, bow-window, ateliers d'artistes, ..... mais l'objectif reste de permettre à chacun de se loger. Et ce sont les premiers H.B.M. ancêtres des H.L.M.
 
Le clou du musée est la reconstitution d'un appartement de la cité radieuse de Marseille  « la maison du fada » dans les années 50. Le fada en question a révolutionné le monde des H.B.M, en créant des modules s'imbriquant les uns dans les autres que l'on peut dupliquer à l'infini. Tout y est fonctionnel. Le Corbusier pousse la gageure jusqu'à faire un vrai village de sa cité qui devient complètement autonome, boutiques, salles de sports, crèches, écoles, ..... C'est l'autarcie complète.
On peut à la fois rêver de ce tout en un, mais aussi en cauchemarder, le un enfermé dans le tout (avis d'une claustrophobe).
Un aparté : avant que de poursuivre,  le soir même un reportage à la télé nous donnait à voir des constructions qui commençaient à fleurir sous terre. On creuse des gratte-ciels à l'envers. Après « dieu est lumière » c'est la descente aux enfers.
Nous avons terminé notre visite sur une note de poésie picturale dans la salle des peintures. Comme pour les édifices médiévaux, Viollet Le Duc a voulu sauvegarder les différentes peintures murales de l'art polychrome du Moyen-Age. Il a fait, comme pour les sculptures, procéder à la reconstitution à l'identique de nombreuses scènes religieuses qui décoraient les intérieurs d'églises, cryptes, ...., Scènes saisissantes, d'un réaliste fabuleux. Toute la richesse imaginative de l'époque médiévale se colore sur les murs.
Cette visite fut un vrai plaisir. Elle nous a permis de comprendre les évolutions de l'architecture en France, et de découvrir combien la volonté d'un seul homme a contribué à faire prendre conscience que l'art n'a pas de hiérarchie. Il est avant tout ce que l'homme ressent et exprime à un moment précis de l'humanité que nous nous devons de respecter et de protéger. L'UNESCO en est la quintessence mondiale.
 
 
  Thérèse
 
En document ci après : les notes très intéressantes prises par Claude Lecler

Il y a 3 galeries
1) La plus ancienne, la galerie des moulages effectués au 19ème siècle,
2) La galerie de l'architecture moderne et contemporaine,
3) La galerie des peintures
La partie centrale du Palais de Chaillot a été détruite et remplacée par un parvis, avec en dessous le théâtre de Chaillot.
Ce bâtiment était un lieu d'exposition pour lors de l'exposition universelle.
Selon Eugène Viollet-le-Duc, ce musée doit permettre de comparer les différentes architectures et redorer le blason de l'art médiéval par rapport à l'art antique.

Galerie des Moulages
Sont ici présentés les moulages réalisés au XIX et XXème siècles grâce à la technique de l'estampage. A l'aide de matière argileuse, on crée une empreinte le moule, puis on effectue un moulage avec du plâtre puis on patine pour donner l'illusion de la pierre.
Nous commençons la visite, par le portail de l'église abbatiale Saint-Pierre de Moissac (Tarn & Garonne), époque romane XIIème siècle.
Le tympan illustre l'apocalypse avec un Christ monumental et les 24 vieillards. Sur le linteau, des roues de feu, symbolisent les flammes de l'Enfer. Sur le trumeau, des lionnes représentent la défense. On nous fait passer un message. Sur les ébrasements, sont représentés différentes paraboles et épisodes de la vie du Christ. En période médiévale, Jésus est représenté comme un petit adulte. C'est le témoin du passage du temps.
Eglise abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron)
Nous y voyons un peu de couleurs.
On remarque que du côté de l'ange, tout est bien ordonné, de l'autre côté c'est la punition des péchés capitaux et c'est le désordre.
Cathédrale Saint-Lazare d'Autin (Saône-et-Loire) (Bourgogne romane)
Personnages élancés. Thème du jugement dernier.
Basilique Sainte Marie Madeleine de Vézelay (Yonne)
Thème de la Pentecôte, le Christ envoie ses apôtres évangéliser les nations.
Nous sommes sur l'un des chemins de Compostelle.
Mondes connu et inconnu. On se base sur les textes antiques. Sont représentés les romains, les pygmées ... notion d'universalisme. Les médaillons présentent les signes du zodiaque et les travaux des mois.
Maquette d'enseignement
Représentant un travers de la cathédrale de Clermont-Ferrand.
Démonstration de la voute en plein cintre. Nef soutenue par 2 côtés.
Il faut un équilibre parfait.

Cathédrale Notre-Dame de Chartres (Eure & Loir) (Gothique XIIème siècle)
Même thèque que Moissac, mais il y a 3 portails.
Ce sont des statues-colonnes dont les visages sont identiques.
Cathédrale de Saint-Denis
Croisée d'ogives.
6 points d'appui.
On va pouvoir y ouvrir de grandes fenêtres avec des arcs boutants.
On veut que la nouvelle foie et la lumière soient omniprésentes, pour s'élever vers la prière.
Trumeau de la Cathédrale d'Amiens
On nous présente une hypothèse de couleurs.
Il y avait des codes... le rouge pour Dieu....
L'ange au sourire de la cathédrale de Reims
La tête avait été détruite et a été reconstituée grâce au moulage effectué au XIXème siècle.
XV au XVIIIème siècles
Le gros horloge de Rouen
Elément de la fontaine Stanislas à Nancy
La tête de la Liberté représentant le départ des volontaires en 1792.

La galerie de l'architecture moderne et contemporaine
Un seul monument étranger est représenté ; il s'agit du Christal Palace de Londres à l'image de la révolution industrielle 90000 m² - 500 m de long. Il a été construit dans un parc et les arbres ont été intégrés à la construction. Il avait été déplacé puis détruit par un feu en 1936.
L'architecture se tourne vers l'urbanisme.
On voit des maquettes de Paris, l'une en 1821, l'autre en 1871 où l'on remarque les travaux d'Haussmann pour une meilleure circulation.
Nouvelle logique des immeubles d'habitation devenant des immeubles de rapport avec plus de mixité sociale . RDC = boutiques - 2ème étages avec balcons = nobles - 3 & 4ème = bourgeois - 5ème = petites mains - 6ème = chambres de bonnes.
Nous voyons l'immeuble des frères Perret avec penthouse et l'immeuble de Sauvage (18ème) où toutes les fenêtres donnent côté rue et pour utiliser l'espace perdu, une piscine municipale est créée.
Nous visitons un appartement témoin de la cité Radieuse construite par Le Corbusier à Marseille entre 1947 et 1952 pour ceux qui n'avaient plus rien. Principe modulaire en duplex.
Devait favoriser le lien social avec galerie marchande et bureaux. Appartements très bien étudiés avec rangements, cuisine à l'américaine et salle d'eau pour les chambres d'enfants.

La galerie de peintures
Représentant la période médiévale.
Galerie mise en place par Monsieur Deschamps.
On fait la restauration des peintures dans les différents édifices.
 On voit l'évocation du cœur de l'église de Nohant-Vicq (style roman), de la crypte de Tavant et pour finir la coupole de la cathédrale Saint-Etienne de Cahors (style gothique) représentant la lapidation de St Etienne.

                                                                                                                           Claude Lecler

 
Mille ans d'architecture intérieure et extérieure, du temps des cathédrales à Le Corbusier, en passant par la Renaissance. Collections exceptionnelles de maquettes et de moulages reproduisant grandeur nature les chefs-d'oeuvres de notre patrimoine.