Nous avons fait dernièrement une visite passionnante et originale afin de nous enivrer des fragrances d'autrefois, un festival pour nos nez rougis par le froid. |
Il valait mieux laisser les rhumes au vestiaire car nous avons pu humer pas moins d'une quinzaine de languettes imbibées de divers parfums allant, ô divine surprise, du premier siècle après Jésus Christ jusqu'à ceux très sophistiqués de nos armoires de toilette actuelles (en passant par l'eau de la reine de Hongrie 1370, eau royale, .......). |
C'est assis bien sagement dans une salle de classe que nous avons écouté notre conférencière férue en vibrisses du nez. Elle nous a initiés aux différentes fabrications des parfums à travers l'historique de toutes les techniques élaborées au fil du temps. |
Dès les aurores de notre civilisation bipédique, l'homme eut ses narines titillées par son environnement. Des simples fleurs ou autres végétaux aromatiques dont les effluves interpellaient nos anciens, l'homme s'essaya à trouver les techniques pour s'accaparer les beautés odoriférantes de la nature. Les Égyptiens les considéraient comme « véhicule pour l'éternel ». Ils les emprisonnèrent donc dans des burettes accompagnant les momies dans leur voyage, ce qui a permis aux archéologues de se faire une idée du raffinement du monde antique. Les Grecs, eux, en faisaient un moyen de convivialité, quant à Néron il s'en inondait (de quoi éteindre le feu !!). |
De la macération à la distillation découverte par les Arabes (*) , à la quête des meilleurs supports, eau, graisse et alcool, l'homme tâtonna, chercha et créa. C'est ainsi que les Égyptiens se paraient de cônes de graisse parfumée qu'ils portaient sur la tête et qui dégoulinaient délicatement, ô plaisir !!!!!, au fil de la journée. (*) alcool = en arabe : al cool, esprit de vin. alambic = en arabe : al ambic, le vase. |
| Évidemment, « selon que vous étiez puissant ou misérable » vous pouviez ou pas masquer vos effluves animales. Et oui le parfum ça coûtait cher, très très cher. Dans ces temps reculés, seules les têtes couronnées et un peu moins couronnées, pouvaient s'offrir ce luxe. Tout comme le Sacré qui à coup d'encensoir et d'encens encensait les fidèles (n'oublions pas que la myrrhe et l'encens furent un présent des rois mages à l'enfant Jésus). |
| Ainsi à la Renaissance, Catherine de Médicis amena son propre parfumeur (René le Florentin) à la cour de France. L'eau était soupçonnée de tous les maux. Donc on ne se lavait qu'avec des parfums, pour ceux qui le pouvaient. Catherine lancera la mode de parfumer l'intérieur des gants ce qui deviendra une spécialité de la ville de Grasse. |
| La conquête des Amériques amènera la découverte de nouvelles senteurs (la tubéreuse, ....) et verra Hollandais et Portugais concurrencer les Italiens. |
Au grand siècle, Madame de Maintenon s'enticha de la fleur d'oranger appelée néroli (*) et galant oblige, le roi Louis XIV fit planter des orangers à Versailles (où mène l'amour). (*) C'est la comtesse Orsini de son nom Nérola qui développa son utilisation. |
| Colbert pousse à « créer et exceller » , cela deviendra la devise du métier. |
| Puis, à l'eau de fleur d'oranger, un petit génie, Giovanni Feminis, ajouta du romarin. Il s'installa à Cologne, légua la formule à son neveu Farina. La guerre de sept ans, qui passait par là, en fit la pub. Et c'est ainsi que l'eau de Cologne parfuma toute l'Europe. Napoléon (*), fan de cette eau, fit une loi pour que la formule soit dûment déposée afin d'éviter les copies approximatives des apothicaires qui fleurissaient à chaque coin de rue. (*) Napoléon en vacances forcées à St Hélène, une fois sa réserve d'eau de Cologne épuisée, commanda à son fidèle mameluke la fabrication de cette eau qu'il prisait tant, qu'il en imbibait ses sucres pour se délecter du fameux « canard Napoléon ». |
Le XIX ème siècle fut le temps des chimistes . Ils analysent les molécules des huiles essentielles et les reproduisent synthétiquement. C'est une révolution dans le monde des senteurs car le prix des parfums va diminuer. Les parfumeurs vont devenir de vrais artistes en s'essayant à tous les mélanges possibles et imaginables. Leur imagination était tellement foisonnante qu'ils n'avaient pas toujours le temps de donner un nom à leurs créations. D'où par exemple le célèbre n° 5 de chez Channel. Et oui, haute couture oblige, les couturiers vont associer leur art à celui des parfumeurs dans l'industrie du luxe, « petites mains » et « nez » vont jouer de concert. |
Du berceau méditerranéen à la route mythique des épices par la route des croisés jusqu'aux Amériques, la parfumerie a conquis le monde, chacun y contribuant pour en faire une valeur universelle. Et c'est maintenant un festival d'arômes portée à nos narines émoustillées qui nous est offert à des prix presque abordables. |
| La conférence était appuyée par une série de diapositives que vous verrez ICI |
La visite se termina dans la librairie-parfumerie de l'osmothèque (*) où un échantillonnage fastueux de flacons plus beaux les uns que les autres, s'élancent ou s'arrondissent bien protégés derrière les glaces des vitrines. Contrairement à la maxime « qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse » on pourrait dire : le flacon autant importe, que le parfum qu'il porte. |
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Des flacons signés Baccarat |
(*) osmothèque : ce mot n'est pas encore inscrit dans les dictionnaires. Il est construit sur le grec «osmos » = odeur et « théké » = coffre |
| Chacune et chacun sont semble t-il sortis enthousiastes et ravis de cette visite. |
Un grand merci à Marlène. |
| Thérèse |